»Lorsque Pronio prit Pescara, il expédia un adjudant pour me donner avis qu'il avait en son pouvoir, et bien gardé, le célèbre comte de Ruvo, auquel il avait promis la vie, ce qui n'était pas en son pouvoir. Je lui renvoyai immédiatement le même adjudant avec ordre d'envoyer ledit Ruvo à Naples, en répondant de lui vie pour vie. Faites-moi savoir si Pronio a exécuté mes ordres.
»Tenez-vous en bonne santé, et croyez-moi toujours votre même affectionné,
»FERDINAND B.»
N'est-ce pas une chose curieuse et qui mérite la publicité que cette lettre d'un roi qui recommande, dans un de ses paragraphes, de récompenser un brigand, et, dans un autre, de punir un grand citoyen!
Mais plus curieux encore est ce post-scriptum:
«En rentrant à la maison, je reçois beaucoup de lettres de Naples par deux bâtiments qui en arrivent. J'apprends par ces lettres qu'il y a eu du bruit au Vieux-Marché, parce qu'il ne s'y est plus fait d'exécutions, et, sur ce point, ni de vous, ni du gouvernement, je ne reçois aucune nouvelle, quoique ce soit votre devoir de m'en donner.
»La junte d'État ne doit point hésiter dans ses opérations ni faire des rapports vagues et généraux. Il faut, quand les rapports sont faits, ordonner de les vérifier dans les vingt-quatre heures, frapper les chefs surtout, et, sans cérémonie aucune, les pendre. On m'avait promis des justices pour lundi: j'espère qu'on ne les a pas remises à un autre jour. Si vous laissez entrevoir que vous avez peur, vous êtes frits.»
Siete friti: la chose est en toutes lettres, et il est impossible de la traduire autrement.
Que vous semble-t-il du «Vous êtes frits!» C'est peu royal, n'est-ce pas? mais c'est expressif.
Après une pareille recommandation, il n'y avait plus moyen de différer. Ces lettres reçues le 10 août au soir, furent transmises immédiatement à la junte d'État.