Ces premières têtes tombées, ou ces premiers corps suspendus au gibet, Naples resta onze jours sans exécution. Peut-être attendait-on des nouvelles de France.

Nos affaires n'étaient point totalement désespérées en Italie. Championnet, comme nous l'avons dit, à la suite de la révolution du 20 prairial, avait été remis à la tête de l'armée des Alpes et avait obtenu un brillant succès. Or, le nom de Championnet était un épouvantail pour Naples, et on l'avait vu arriver si rapidement de Civita-Castellana à Capoue, que l'on croyait qu'il lui faudrait à peine le double de temps pour arriver de Turin à Naples.

Quelques voix commençaient à prononcer le nom de Bonaparte.

La reine elle-même, dans une de ses lettres, et nous croyons avoir cité cette lettre, disait, à propos de la flotte française qui menaçait la Sicile, que, sans aucun doute, cette flotte avait pour but d'aller chercher Bonaparte en Égypte. La reine avait vu juste. Non-seulement le Directoire pensait au retour de Bonaparte, mais encore son frère Joseph lui écrivait pour lui dire la situation de nos armées en Italie et presser son retour en France.

Cette lettre avait été portée à Bonaparte, au siége de Saint-Jean-d'Acre, par un Grec nommé Barbaki, auquel on avait promis trente mille francs s'il remettait cette lettre à Bonaparte en personne. Or, Bonaparte recevait cette lettre, qui lui donnait la première idée de son retour en France, au mois de mai 1799, c'est-à-dire au moment même où avait lieu la marche réactionnaire du cardinal.

Toutes ces circonstances, jointes à ce que l'absence du roi avait rendu quelque pouvoir au cardinal, faisaient faire une halte à la mort. Il en coûtait surtout au cardinal de laisser exécuter des hommes qu'il reconnaissait être garantis par sa capitulation, et, au nombre de ces hommes, ce fort parmi les forts, ce rude capitaine que nous avons vu, une échelle sur l'épaule, l'épée entre les dents, la bannière de l'indépendance à la main, escalader les murs de la cité qui était un fief de sa famille, Hector Caraffa, enfin, qu'il avait, par une lettre de sa main, invité lui-même à se rendre.

Mais, pendant cette trêve entre les bourreaux et les condamnés, le cardinal reçut du roi la lettre suivante, que nous reproduisons dans toute sa naïveté.

«Palerme, 10 août 1799.

»Mon éminentissime, j'ai reçu votre lettre, qui m'a fort réjoui par tout ce qu'elle me dit de la tranquillité et du repos dont on jouit à Naples. J'approuve que vous n'ayez pas permis à Fra-Diavolo d'entrer à Gaete comme il le désirait; mais, tout en convenant avec vous que ce n'est qu'un chef de brigands, je n'en reconnais pas moins que nous lui avons de grandes obligations. Il faut donc continuer de s'en servir et prendre bien garde de le dégoûter. Mais, en même temps, il faut le convaincre de la nécessité d'imposer, à lui d'abord, et ensuite à ses hommes, le frein de la discipline, s'il veut acquérir un nouveau mérite à mes yeux.

»Passons à autre chose.