»Moyennant quoi, ces quinze jours écoulés, vous serez libre sans rançon.
»Si ces conditions vous conviennent, écrivez au-dessous:
«Acceptées sur parole d'honneur.» Et comme on sait que vous êtes
Français, on se fiera à cette parole.»
Attendu que, au bout du compte, les conditions imposées n'étaient pas trop dures et qu'elles semblaient promettre certaines compensations à sa captivité, Horace prit la plume et écrivit:
«J'accepte sur parole d'honneur, en me recommandant à la générosité de mes belles geôlières.
»HORACE.»
Puis il rendit le traité au domestique, qui disparut aussitôt.
Un instant après, il sembla au prisonnier entendre remuer de l'argenterie et des verres: il s'approcha d'une des deux portes qui donnaient dans son boudoir, et acquit en y collant son oreille la certitude que l'on dressait une table. La singularité de sa situation l'avait empêché jusque-là de se souvenir qu'il avait faim, et il sut gré a ses hôtesses d'y avoir songé pour lui.
D'ailleurs il ne doutait pas que les deux tuppanelles ne lui tinssent compagnie pendant le repas. Alors elles seraient bien fines, si à lui, habitué des bals de l'Opéra, elles ne laissaient pas apercevoir une main, un coin d'épaule, un bout de menton, à l'aide desquels il pourrait, comme Cuvier, reconstruire toute la personne. Malheureusement cette première espérance fut déçue: lorsque le domestique ouvrit la porte de communication entre le boudoir et la salle à manger, le prisonnier vit, quoique le souper parût, par la quantité de plats, destiné à trois ou quatre personnes, qu'il n'y avait qu'un seul couvert.
Il ne se mit pas moins à table, fort disposé à faire honneur au repas. Il fut secondé dans cette louable intention par le domestique masqué qui, avec l'habitude d'un serviteur de bonne maison, ne lui laissait pas même le temps de désirer. Il en résulta qu'Horace soupa très-bien et, grâce au vin de Syracuse et au malvoisie de Lipari, se trouva au dessert dans une des situations d'esprit les plus riantes où puisse se trouver un prisonnier.