Comme il en avait donné sa parole, il ne fit aucune recherche pour savoir à qui appartenaient la main effilée et la main grasse.

Quant aux deux bagues, elles étaient si exactement pareilles qu'on ne pouvait pas les reconnaître l'une de l'autre.

Quelques années avant notre voyage, un événement était arrivé qui avait amené un grand scandale: cet événement n'était rien moins qu'une guerre entre doux couvents du même ordre. Cependant l'un était un couvent de capucins, l'autre un couvert du tiers-ordre. La scène s'était passée à Saint-Philippe d'Argiro.

Les deux bâtiments se touchaient: le mur des deux jardins était mitoyen et, sans doute à cause de cette proximité, les voisins s'exécraient.

Les capucins avaient un très-beau chien de garde, nommé Dragon, qu'ils lâchaient la nuit dans leur jardin, de peur qu'on n'en vint voler les fruits. Je ne sais comment la chose arriva, mais un jour il passa d'un jardin dans l'autre. Quand les moines haïssent, leur haine est bon teint: ne pouvant te venger sur leurs voisins, ils se vengèrent sur le pauvre Dragon; lequel fut assommé à coups de bâton et rejeté par-dessus la muraille.

A la vue du cadavre, grande désolation dans la communauté, qui jura de se venger le soir même.

En effet, toute la journée se passa chez les capucins à faire provision d'armes et de munitions; on réunit tout ce que l'on put trouver de sabres, de fusils, de poudre et de balles, et l'on s'apprêta à prendre d'assaut, le soir même, le couvent des frères du tiers-ordre.

De leur côté, les frères du tiers-ordre furent prévenus, et se mirent sur la défensive.

A six heures, les capucins, conduits par leur gardien, escaladèrent le mur et descendirent dans le jardin des frères du tiers-ordre: ceux-ci les attendaient avec leur gardien à leur tête.

Le combat commença et dura plus de deux heures; enfin le couvent du tiers-ordre fut emporté d'assaut après une résistance héroïque, et les moines vaincus se dispersèrent dans la campagne.