Nous étions déjà sur le speronare, et nous allions lever l'ancre, lorsque nous vîmes un frère franciscain qui accourait en nous faisant de grands signes; nous envoyâmes Pietro à bord avec la barque, pour savoir ce que le bon moine nous voulait. Un frère m'avait vu déposer notre offrande dans le tronc et l'avait ouvert; de sorte que le supérieur, trouvant que nous avions trop largement payé notre hospitalité, nous envoyait une petite barrique de ce malvoisie de Lipari, que nous avions trouvé si bon la veille.

Pendant ce temps-là, l'équipage avait levé l'ancre; nous saluâmes encore une fois notre gouverneur de la main, et, nos hommes commençant à jouer vigoureusement des avirons, nous nous trouvâmes en un instant hors du port.

Dix minutes après, nous revîmes notre gouverneur sur sa terrasse, agitant son mouchoir de toute sa force. Nous lui rendîmes signe pour signe, présumant cependant que ce n'était point encore là la surprise qu'il nous avait annoncée.

Nous fûmes un instant distraits de l'attention que nous portions à notre hôte par Ave Maria. Nous nous étions fait nous-mêmes une habitude de cette prière; et quoique revenu à terre et séparé de nos matelots, je fus longtemps à ne jamais laisser passer cette heure sans penser à la solennité quelle me rappelait.

L'Ave Maria fini, nous nous retournâmes vers Lipari. Le soleil s'abaissait derrière le Campo-Bianco, enveloppant de ses rayons toute l'île qui se détachait en vigueur sur un fond d'or. Au reste, comme nous avions le vent contraire, et que nous ne marchions qu'à la rame, nous ne nous éloignions que lentement; de sorte que nous ne perdions que peu à peu les détails du magnifique horizon que nous avions devant les yeux, et dont Lipari formait le centre.

Tant que les objets demeurèrent visibles, nous distinguâmes le gouverneur sur sa terrasse; puis, lorsque le crépuscule fut enfin devenu assez sombre pour qu'ils commençassent à s'effacer, une lumière s'alluma comme un phare qui nous permit de ne point perdre la direction du château. Enfin, au bout d'une heure à peu près de nuit sombre, nous vîmes une fusée s'élancer de terre et aller s'éteindre dans le ciel.

C'était le signal d'un feu d'artifice que le gouverneur tirait en notre honneur.

Lorsque le dernier soleil fut évanoui, lorsque la dernière chandelle romaine fut éteinte, je pris ma carabine, et, en réponse à sa dernière politesse, je lâchai le coup en l'air.

Nous nous demandions si nous avions été vus et entendus de la terre, lorsque nous vîmes à notre tour un éclair qui sillonnait la nuit, et que nous entendîmes, mourant sur les flots, la détonation d'un coup de feu.

Puis tout retomba dans le silence et dans l'obscurité.