—Oh! reprit Pietro, oui, oui; à propos de Pascal Bruno, n'est-ce pas? un brave bandit. Je me le rappelle bien. Je l'ai vu quand je n'étais pas plus grand que le gamin du capitaine. Quand il avait peur de ne pas dormir tranquille chez lui, il venait demander l'hospitalité à mon père pour une nuit. Il savait bien que ce n'étaient pas les pêcheurs qui le trahiraient. Alors, au moment où nous allions partir pour la pêche, nous le voyions descendre de la montagne; il nous faisait un signe, nous l'attendions, il se couchait au fond de la barque, sa carabine auprès de lui, ses pistolets à sa ceinture, et il dormait aussi tranquille que le roi dans son château, et pourtant sa tête valait 8,000 piastres.

—Blagueur! dit Jadin en laissant tomber l'accusation de toute sa hauteur et de tout son poids, entre deux bouffées de fumée.

—Comment! qu'est-ce qu'il dit? que c'est pas vrai, votre ami: demandez plutôt au capitaine Aréna.

—C'est vrai, dit le capitaine.

—Est-ce que vous ne pourriez pas nous raconter son histoire?

—Oh! son histoire, elle est longue.

—Tant mieux, répondis-je.

—C'est que je ne la connais pas bien, dit Pietro en se grattant l'oreille; et puis, comme je suis prévenu que tout ce que je vous dis sera imprimé un jour dans les livres, je ne voudrais pas vous conter de menteries, voyez-vous. Nunzio, Nunzio! A l'appel de Pietro, nous nous tournâmes vers le point où nous savions que devait être celui qu'il appelait, et nous vîmes en effet sa tête apparaître de l'autre côté de la cabine.

—Nunzio, lui dis-je, vous qui saviez tout, savez-vous l'histoire de
Pascal Bruno?

—Quant à ce qui est de tout savoir, dit le pilote avec le ton de gravité qui ne l'abandonnait jamais, il n'y a guère que Dieu qui, sans amour-propre, puisse se vanter d'eu savoir si long, sans l'avoir apprit. Mais, relativement à Pascal Bruno, je n'en sais pas grand'chose, si ce n'est qu'il est né à Calvaruso et qu'il est mort à Palerme.