—Oui, capitaine.

—Je suis à vos ordres.

—Capitaine, ne m'avez-vous point, un jour ou une nuit, je ne sais plus quand, raconté quelque chose, comme une histoire, où il était question du village de Bauso?

—Une histoire de bandit?

—Oui, je crois.

—Ce n'est pas moi, excellence; c'est Pietro.

Et se retournant, il appela Pietro. Pietro accourut, battit un entrechat, maigre l'état déplorable où les cendres de Stromboli avaient mis ses jambes, et resta devant nous immobile et la main à son front comme un soldat qui salue, et avec une gravité pleine de comique.

—Votre excellence m'appelle? demanda-t-il.

Au même instant tout l'équipage, pensant qu'il s'agissait d'une représentation chorégraphique, s'approcha de nous, et je me trouvai former le point central d'un demi-cercle qui embrassait toute la largeur du speronare. Quant à Jadin, comme il avait fini son croquis, il poussa son album dans une des onze poches de sa veste de panne, battit le briquet, alluma sa pipe, monta sur le bastingage, se retenant de chaque main à un cordage, afin, autant que possible, d'être sûr de ne point tomber à la mer, et commença à suivre des yeux chaque bouffée qu'il expectorait avec l'attention grave d'un homme qui tient à acquérir des notions exactes sur la direction du vent. Au même instant, Philippe, le ménétrier de la troupe, qui, pour le moment, était occupé à peler des pommes de terre dans l'entrepont, passa la tête par une écoutille et, faisant trêve pour un instant à ses travaux culinaires, se mit à siffler l'air de la tarentelle.

—Il n'est pas question de danse pour le moment, dit le capitaine à
Pietro; c'est sa seigneurie qui se rappelle que tu lui as parlé de
Bauso.