Comme on le comprend bien, son procès ne fut pas long. Lui-même alla au-devant de l'interrogatoire en racontant toute sa vie. Il fut condamné à être pendu.

La veille de l'exécution, un ordre arriva de transporter le condamné à Palerme. Gemma, la fille du comte de Castel-Novo qui avait été tué par le père de Bruno; était fort bien en cour; et, comme elle désirait assister à l'exécution, elle avait obtenu que Pascal fût pendu à Palerme.

Comme il était indifférent à Pascal d'être pendu à un endroit ou à un autre, il ne fit aucune réclamation.

Le condamné fut conduit en poste, escorté d'une escouade de gendarmerie, et en deux jours il fut arrivé à sa destination. L'exécution fut fixée au lendemain, qui était un mardi, et l'on donna congé aux colléges et aux tribunaux, afin que chacun pût assister à cette solennité.

Le soir, le prêtre entra dans la prison et trouva Bruno très-pâle et très-faible. Il ne s'en confessa pas moins d'une voix calme et ferme; seulement, à la fin de la confession, il avoua qu'il venait de s'empoisonner et qu'il commençait à sentir les atteintes du poison. C'est ce qui causait cette pâleur et cette faiblesse dont le prêtre s'était étonné dans un homme comme lui.

Le prêtre dit à Bruno qu'il était prêt à lui donner l'absolution de tous ses crimes, mais non de son suicide. Pour que ses crimes lui fussent remis, il fallait l'expiation de la honte. Il avait voulu échapper par orgueil à cette expiation. C'était un tort aux yeux du Seigneur.

Bruno frémit à l'idée de mourir sans absolution. Cet homme, auquel aucune puissance humaine n'eût pu faire baisser les yeux, tremblait comme un enfant devant la damnation éternelle.

Il demanda au prêtre ce qu'il fallait faire, et dit qu'il le ferait. Le prêtre appela aussitôt le geôlier, et lui ordonna d'aller chercher un médecin et de le prévenir qu'il eût à prendre avec lui les contre-poisons les plus efficaces.

Le médecin accourut. Les contre-poisons, administrés à temps, eurent leur effet. A minuit, Pascal Bruno était hors de danger; à minuit et demi, il recevait l'absolution.

Le lendemain, à huit heures du matin, il sortit de l'église de Saint-François-de-Sales, où il avait passé la nuit en chapelle ardente, pour se rendre à la place de la Marine, où l'exécution devait avoir lieu. La marche était accompagnée de tous les accessoires terribles des exécutions italiennes; Pascal Bruno était lié sur un âne marchant à reculons, précédé du bourreau et de son aide, suivi de la confrérie de pénitents qui portaient la bière où il devait reposer dans l'éternité, et accompagné d'hommes revêtus de longues robes trouées aux yeux seulement, tenant à la main une tirelire qu'ils agitaient comme une sonnette, et qu'ils présentaient pour recevoir l'aumône des fidèles, destinée à faire dire des messes pour le condamné.