—Tu t'appelles Tavella?

—Oui, dit celui-ci; que me voulez-vous?

—Tavella, ne me reconnais-tu pas? continua Murat. Tavella regarda
Murat, mais ne répondit point.

—Tavella, je suis Joachim Murat, dit le roi. A toi l'honneur de crier le premier vive Joachim!

La petite troupe de Murat cria à l'instant vive Joachim! mais le Calabrais resta immobile et silencieux, et pas un des assistants ne répondit par un seul cri aux acclamations dont leur ancien roi avait donné lui-même le signal; bien au contraire, une rumeur sourde commençait à courir dans la foule. Murat comprit ce frémissement d'orage, et s'adressant de nouveau au sergent:

—Tavella, lui dit-il, va me chercher un cheval, et, de sergent que tu étais, je te fais capitaine. Mais Tavella s'éloigna sans répondre, s'enfonça dans une des rues tortueuses qui aboutissent à la place, rentra chez lui et s'y renferma.

Pendant ce temps, Murat était demeuré sur la place, où la foule devenait de plus en plus épaisse. Alors le général Franceschetti, voyant qu'aucun signe amical n'accueillait le roi, et que tout au contraire les figures sévères des assistants s'assombrissaient de minute en minute, s'approcha du roi:

—Sire, lui dit-il, que faut-il faire?

—Crois-tu que cet homme m'amènera un cheval?

—Je ne le crois point, dit Franceschetti.