Une loi sera présentée à la prochaine cession du parlement, pour déterminer la portion des revenus publics qui sera affectée au service des intérêts et au rachat successif du capital de la dette actuelle.»

C'était la rédaction même de M. Samuel.

Le cacique n'y changea point une virgule, et, le lendemain, il rapporta la constitution entière, telle qu'on peut la voir aux pièces justificatives: elle était signée de sa main et scellée de son sceau. Le troisième commis la jugea convenable et la porta à M. Samuel. M. Samuel mit au bas: Bon à tirer, déchira un feuillet de son agenda, écrivit au-dessous: «Bon pour douze millions payables fin courant», et signa Samuel.

Huit jours après, la constitution de la nation mosquitos avait paru dans tous les journaux anglais, et était reproduite par tous les journaux européens; ce fut à cette occasion que le Constitutionnel fit cet article remarquable qui est encore dans tous les souvenirs, intitulé Noble Angleterre.

On comprend qu'une pareille largesse de la part d'un prince à qui on ne la demandait pas, redoubla la confiance qu'on avait en lui et tripla le nombre des émigrants. Le nombre s'éleva à seize mille six cent trente-neuf, et le consul signait le seize mille six cent trente-neuvième passeport, lorsque, remettant le susdit papier au seize mille six cent trente-neuvième émigrant, le consul lui demanda quel argent lui et ses compagnons emportaient. L'émigrant répondit qu'ils emportaient des billets de banque et des guinées. À ceci le consul répondit qu'il croyait devoir prévenir l'émigrant que les bank-notes perdaient à la banque mosquitos six pour cent, et l'or deux schellings par guinée, et cette perte était une chose qui se devait comprendre, à cause de l'éloignement des deux pays et de la rareté des relations, tout le commerce se faisant en général à Cuba, Haïti, la Jamaïque, l'Amérique du Nord et l'Amérique du Sud.

L'émigrant, qui était un homme de sens, comprit parfaitement cette raison; mais, désolé du déficit que devait produire dans sa petite fortune le change qu'il serait obligé de subir une fois arrivé au lieu de sa destination, il demanda à Son Excellence le consul si, par faveur spéciale, il ne pourrait pas lui donner de l'argent ou de l'or mosquitos en échange de ses guinées et de ses bank-note. Le consul répondit qu'il gardait son or et son argent, parce qu'étant purs de tout alliage, ils gagnaient sur l'argent et sur l'or anglais, mais qu'il pouvait lui donner, moyennant une simple commission d'un demi pour cent, des billets de la banque du cacique, qui, une fois arrivé à Mosquitos, lui seraient échangés sans retenue contre de l'or et de l'argent du pays. L'émigrant demanda à embrasser les pieds du consul; mais celui-ci lui répondait avec une dignité vraiment républicaine que tous les hommes étaient égaux, et lui donna sa main à baiser.

Dès ce jour, le change commença. Il dura une semaine. Au bout d'une semaine, le change avait produit quatre-vingt mille livres sterling, sans compter l'escompte.

Vers le même temps, sir Édouard Twomouth, consul à Édimbourg, prévint son collègue de Londres qu'il avait encaissé, par des moyens à peu près analogues à ceux qui avaient été mis en usage dans la capitale des trois royaumes, une somme de cinquante mille livres sterling. Le docteur trouva d'abord que c'était bien peu; mais il réfléchit que l'Écosse était un pays pauvre qui ne pouvait pas rendre comme l'Angleterre.

De son côté, Son Altesse le cacique don Gusman y Pamphilos, toucha, fin courant, les douze millions du banquier Samuel.

[Conclusion]