«Le soir, on mit à la voile.

«Vu ce surcroît de provisions, le capitaine Pamphile jugea inutile de relâcher au cap de Bonne-Espérance, et laissant à droite les îles du prince Édouard, et à sa gauche la terre de Madagascar, il s'élança dans la mer des Indes.

«La Roxelane marchait donc bravement vent arrière, filant ses huit nœuds à l'heure, ce qui, au dire des marins, est un fort joli train pour un bâtiment de commerce, lorsqu'un matelot des vigies cria des huniers:

«—Une voile à l'avant!

«Le capitaine Pamphile prit sa lunette, la braqua sur le bâtiment signalé, regarda à l'œil nu, rebraqua de nouveau sa lunette; puis après, un instant d'examen attentif, il appela le second et lui remit silencieusement l'instrument entre les mains. Celui-ci le porta aussitôt à son œil.

«—Eh bien, Policar, dit le capitaine, lorsqu'il crut que celui auquel il adressait la parole avait eu le temps d'examiner à son aise l'objet en question, que dis-tu de cette patache?

«—Ma foi, capitaine, je dis qu'elle a une drôle de tournure. Quant à son pavillon—il reporta la lunette à son œil—le diable me brûle si je sais quelle puissance il représente: c'est un dragon vert et jaune, sur un fond blanc.

«—Eh bien, saluez jusqu'à terre, mon ami; car vous avez devant vous un bâtiment appartenant au fils du soleil, au père et à la mère du genre humain, au roi des rois, au sublime empereur de la Chine et de la Cochinchine; et, de plus, je reconnais, à sa couronne arrondie et à sa marche de tortue, qu'il ne rentre pas à Pékin le ventre vide.

«—Diable! diable! fit Policar en se grattant l'oreille.

«—Que penses-tu de la rencontre?