«—Je pense que ce serait drôle...
«—N'est-ce pas?... Eh bien, moi aussi, mon enfant.
«—Alors, il faut...?
«—Monter la ferraille sur le pont et déployer jusqu'au dernier pouce de toile.
«—Ah! il nous a aperçus à son tour.
«—Alors, attendons la nuit, et, jusque-là, filons honnêtement notre câble, afin qu'il ne se doute de rien. Autant que je puis juger de sa marche, avant cinq heures, nous serons dans ses eaux; toute la nuit, nous naviguerons bord à bord, et, demain, dès le matin, nous lui dirons bonjour.
«Le capitaine Pamphile avait adopté un système. Au lieu de lester son bâtiment avec des pavés ou des gueuses, il mettait à fond de cale une demi-douzaine de pierriers, quatre ou cinq caronades de douze et une pièce de huit allongée; puis, à tout hasard, il y ajoutait quelques milliers de gargousses, une cinquantaine de fusils, et une vingtaine de sabres d'abordage. Une occasion semblable à celle dans laquelle on se trouvait se présentait-elle, il faisait monter toutes ces bricoles sur le pont, assujettissait les pierriers et les caronades sur leurs pivots, traînait la pièce de huit sur l'arrière, distribuait les fusils à ses hommes, et commençait à établir ce qu'il appelait son système d'échange. Ce fut dans ces dispositions commerciales que le bâtiment chinois le trouva le lendemain.
«La stupéfaction fut grande à bord du navire impérial. Le capitaine avait reconnu, la veille, un navire marchand, et s'était endormi là-dessus en fumant sa pipe à opium; mais voilà que, dans la nuit, le chat était devenu tigre, et qu'il montrait ses griffes de fer et ses dents de bronze.
«On alla prévenir le capitaine Kao-Kiou-Koan de la situation dans laquelle on se trouvait. Il achevait un rêve délicieux: le fils du soleil venait de lui donner une de ses sœurs en mariage, de sorte qu'il se trouvait beau-frère de la lune.
«Aussi eut-il beaucoup de peine à comprendre ce que lui voulait le capitaine Pamphile. Il est vrai que celui-ci lui parlait en provençal et que le nouveau marié répondait en chinois. Enfin, il se trouva, à bord de la Roxelane, un Provençal qui savait un peu de chinois, et, à bord du bâtiment du sublime empereur, un chinois qui parlait passablement provençal, de sorte que les deux capitaines finirent par s'entendre.