— Et comment puis-je l'empêcher, ce malheur, moi? dit avec un accent déchirant le malheureux vieillard. Comment puis-je empêcher, moi, pauvre fou, qui crois toujours voir du sang couler d'une blessure! qui crois toujours entendre une tombe qui parle!
— Oh! vous pouvez tout! Dites un mot, et je suis sauvée! On veut me marier. Le marquis renversa la tête en arrière. Écoutez-moi donc!… On veut me marier à un homme que je n'aime pas!… comprenez-vous?… à un misérable!… et l'on vous a amené ici… dans ce fauteuil… devant cette table… vous, vous, mon père… pour signer ce contrat infâme! là… là… tenez… ce contrat que voici!
— Sans me consulter! répondit le marquis en prenant le contrat; sans me demander si je veux ou si je ne veux pas! Me croit-on mort? et si l'on me croit mort, me craint-on moins qu'un spectre?… Ce mariage ferait ton malheur, as-tu dit?
— Éternel! éternel! s'écria Marguerite.
— Eh bien! ce mariage ne se fera pas!
— J'ai engagé votre parole et la mienne, votre nom et le mien, dit la marquise avec d'autant plus de force qu'elle sentait le pouvoir lui échapper.
— Ce mariage ne se fera pas, vous dis-je, répondit le marquis d'une voix qui couvrait la sienne. C'est une chose trop terrible, continua-t-il d'un accent sombre et caverneux, qu'un mariage où une femme n'aime pas son mari! cela rend fou… Moi, la marquise m'a toujours aimé… aimé fidèlement. Ce qui me rend fou… moi, c'est autre chose.
Un éclair de joie infernale brilla dans les yeux de la marquise, car elle vit à l'exaltation des paroles du marquis et à la terreur peinte dans ses yeux que la folie était près de revenir.
— Ce contrat? continua le marquis… Et il s'apprêta à le déchirer. La marquise y porta vivement la main. Marguerite semblait suspendue par un fil entre le ciel et l'enfer.
— Ce qui me rend fou, moi, reprit le marquis, c'est une tombe qui se rouvre! c'est un spectre qui sort de terre! c'est un fantôme qui vient! qui me parle! qui me dit!…