— «Vos jours sont à moi!» murmura à l'oreille de son mari la marquise, répétant les dernières paroles de Morlaix mourant, «je pourrais les prendre.» — L'entends-tu! l'entends-tu! s'écria le marquis, tremblant affreusement et se levant comme pour fuir.

— Mon père! mon père! revenez à vous! Il n'y a pas de tombe, il n'y a pas de spectre, il n'y a pas de fantôme. Ces paroles… c'est la marquise…

— «Mais je veux que vous viviez,» continua celle-ci, achevant l'oeuvre qu'elle avait commencée, «pour me pardonner comme je vous pardonne.» — Grâce! Morlaix, grâce! cria le marquis retombant sur son fauteuil, les cheveux dressés de terreur et la sueur de l'effroi sur le front.

— Mon père! mon père!

— Vous voyez que votre père est insensé, dit la marquise triomphante. Laissez-le!…

— Oh! dit Marguerite, oh! Dieu fera un miracle, je l'espère. Mon amour, mes caresses, mes larmes, le rendront à la raison.

— Essayez! répondit froidement la marquise, abandonnant à sa fille le marquis sans volonté, sans voix et presque sans connaissance.

— Mon père!… dit Marguerite d'une voix déchirante.

Le marquis resta impassible.

— Monsieur! dit la marquise d'un ton impératif.