— Pauvre enfant! dit Paul en serrant la jeune fille dans ses bras. Pauvre enfant! qui s'échappe d'une maison mortuaire pour retomber dans une autre! qui laisse la mort au château et qui la retrouve dans la chaumière!

— Oui, oui, dit Marguerite, se levant, frémissante encore de terreur et se pressant contre Paul. La mort là-bas! la mort ici! Mais là-bas on meurt dans le désespoir, tandis qu'ici… ici l'on meurt tranquille. O Paul! Paul! oh! si vous aviez vu ce que j'ai vu!

— Dites-moi cela.

— Vous savez, continua la jeune fille, quelle influence terrible ont eue sur mon père votre voix et votre présence?

— Je le sais.

— On l'a emporté évanoui et sans parole dans son appartement.

— C'était à votre mère que je parlais, dit Paul; c'est lui qui a entendu: ce n'est point ma faute.

— Eh bien! vous comprenez, Paul, puisque vous avez dû tout entendre du cabinet où vous étiez. Mon père, mon pauvre père m'avait reconnue; et moi, le voyant ainsi, je n'ai pu résister à mon inquiétude; et, au risque d'irriter ma mère, je suis montée pour le voir une fois encore. La porte était fermée; je frappai doucement: il était revenu à lui, car j'entendis sa voix affaiblie demandant qui était là.

— Et votre mère? demanda Paul.

— Ma mère? dit Marguerite; elle était absente et l'avait enfermé en sortant, comme elle aurait fait d'un enfant. Mais lorsqu'il eut reconnu ma voix, lorsque je lui eus répondu que j'étais Marguerite, que j'étais sa fille, il me dit de prendre un escalier dérobé, qui, par un cabinet, montait dans sa chambre. Une minute après, j'étais à genoux devant son lit, et il me donnait sa bénédiction; car il m'a donné sa bénédiction avant de mourir, sa bénédiction paternelle, qui, je l'espère, appellera celle de Dieu.