— Pourquoi, continua la marquise, êtes-vous ainsi pâle et tremblante?
— Madame! murmura Marguerite.
— Parlez! dit la marquise.
— La mort de mon père, si prompte, si inattendue! balbutia
Marguerite. Enfin j'ai beaucoup souffert cette nuit!
— Oui, oui, dit la marquise d'une voix sourde et en fixant sur Marguerite des regards qui n'étaient pas dénués de tout intérêt; oui, le jeune arbre plie et s'effeuille sous le vent. Il n'y a que le vieux chêne qui résiste à toutes les tempêtes. Moi aussi, Marguerite, j'ai souffert! moi aussi, j'ai eu une nuit terrible! Et cependant vous me voyez calme et ferme.
— Dieu vous a fait une âme forte et sévère, madame, dit Marguerite; mais il ne faut pas demander la même force et la même sévérité aux âmes des autres. Vous les briseriez.
— Aussi, dit la marquise, laissant retomber sa main sur la table, je ne demande à la vôtre que l'obéissance. Marguerite, le marquis est mort; Emmanuel est maintenant le chef de la famille; vous allez à l'instant même partir pour Rennes avec Emmanuel.
— Moi! s'écria Marguerite! moi, partir pour Rennes! Et pourquoi?…
— Parce que, répondit la marquise, la chapelle du château est trop étroite pour contenir à la fois les fiançailles de la fille et les funérailles du père.
— La mère, dit Marguerite avec un accent indéfinissable, ce serait une piété, ce me semble, que de mettre plus d'intervalle entre deux cérémonies aussi opposées.