— O mon Dieu! mon Dieu! s'écria la marquise éclatant en sanglots, suis-je assez abaissée! suis-je assez punie!
— Pardon, pardon, madame, dit Marguerite rendue à elle-même par les premières larmes de sa mère, en tombant à genoux; pardon! pardon!
— Oui, pardon, répondit la marquise marchant à Marguerite; demande pardon, fille dénaturée, qui a pris le fouet des mains de la vengeance éternelle, et qui en a frappé ta mère au visage!
— Grâce! grâce! s'écria Marguerite; je ne savais pas ce que je disais, ma mère! Vous m'aviez fait perdre la raison! J'étais folle!…
— O mon Dieu! mon Dieu! dit la marquise levant ses deux mains au- dessus de la tête de sa fille; vous avez entendu les paroles qui sont sorties de la bouche de mon enfant; je n'ose pas espérer que votre miséricorde ira jusqu'à les oublier, mon Dieu! mais au moment de la punir, souvenez-vous que je ne la maudis pas!
Alors elle s'avança vers la porte; sa fille essaya de la retenir, mais la marquise se retourna vers elle avec une expression de visage si terrible, que, sans qu'elle eût besoin de le lui ordonner, Marguerite lâcha le bord de la robe de sa mère, et resta les bras étendus vers elle, haletante et sans voix, jusqu'à ce que la marquise fût sortie; puis, aussitôt qu'elle eût cessé de la voir, elle se renversa en arrière avec un cri si douloureux, qu'on eût cru que cette âme qui avait tant souffert venait enfin de se briser.
Chapitre XVII Nos lecteurs s'étonneront peut-être qu'après la manière outrageuse dont Paul avait, la veille, provoqué le baron de Lectoure, la rencontre n'eût pas été fixée au matin même; mais le lieutenant Walter, qui s'était chargé de régler les conditions du duel avec le comte d'Auray, avait, comme nous l'avons dit, reçu de son chef l'ordre de faire toutes les concessions, excepté une seule: Paul ne voulait se battre qu'à la fin de la journée.
C'est que le jeune capitaine avait compris que, jusqu'au moment où il aurait dénoué ce drame étrange, dans lequel, mêlé d'abord comme étranger, il se trouvait enfin posé comme chef de famille, sa vie ne lui appartenait pas, et qu'il n'avait pas le droit de la risquer. Au reste, comme on le voit, le terme qu'il s'était accordé à lui-même n'était pas long, et Lectoure, qui ignorait dans quel but son adversaire s'était réservé ce délai, l'avait accepté sans trop se plaindre.
Paul avait donc résolu de mettre à profit les instants. En conséquence, aussitôt qu'il crut l'heure convenable pour se présenter chez la marquise, il s'achemina vers le château.
Les événements de la veille et du jour même avaient répandu un si grand trouble dans la noble demeure, qu'il y entra sans trouver un domestique pour l'annoncer; il pénétra néanmoins dans les appartements, suivit le chemin qu'il avait déjà fait deux fois, et, en arrivant à la porte du salon, trouva sur le plancher Marguerite évanouie.