— Je disais donc que voilà mon ami, le comte Emmanuel d'Auray, qui désire vivement parler au capitaine Paul. Est-il à bord?
— Il vient d'arriver à l'instant, répondit l'officier.
— En ce cas, je descends près de lui pour le prévenir de votre visite, mon cher comte. En attendant, voilà monsieur Walter qui se fera un plaisir de vous faire visiter l'intérieur de la frégate. C'est un spectacle curieux pour un officier de terre, d'autant plus que je doute que vous trouviez beaucoup de vaisseaux tenus comme celui-ci. N'est-ce pas l'heure du souper?
— Oui, monsieur.
— Eh bien! cela n'en sera que plus curieux.
— Mais, répondit l'officier hésitant, c'est que je suis de garde.
— Bah! vous trouverez bien parmi vos camarades quelqu'un qui veille un instant à votre place. Je tâcherai que le capitaine ne vous fasse pas faire trop longtemps antichambre. À vous revoir, comte. Je vais vous recommander de manière à ce que vous receviez un bon accueil.
À ces mots, le jeune enseigne disparut par l'escalier du commandant, tandis que l'officier resté près d'Emmanuel pour lui servir de guide le conduisit dans la batterie. Comme l'avait présumé le compagnon de route du comte, l'équipage était en train de souper.
C'était la première fois que le jeune comte voyait ce spectacle, et, quelque désir qu'il eût de parler promptement au capitaine, il lui parut si curieux, qu'il ne put s'empêcher d'y prêter toute son attention.
Entre chaque pièce de canon et dans l'intervalle réservé à la manoeuvre, une table et des bancs étaient, non pas dressés sur leurs pieds, mais suspendus au plafond par les cordages. Sur chacun de ces bancs, quatre hommes étaient assis, et prenaient leur part d'un morceau de boeuf qui se défendait de son mieux, mais qui avait affaire à des gaillards qui ne paraissaient pas disposés à se laisser rebuter par sa résistance. À chaque table, il y avait deux bidons de vin, c'est-à-dire une demi-bouteille par homme. Quant au pain, il paraissait non pas être distribué à la ration, mais livré à volonté. Au reste, le plus profond silence régnait parmi l'équipage, qui n'était guère composé que de cent quatre-vingts à deux cents hommes.