Le temps était aussi beau qu'il peut l'être dans les parages occidentaux vers les premiers jours d'automne. L'Indienne marchait bravement vent arrière. Les matelots insoucieux se reposaient sur l'aspect du ciel; et, à l'exception de quelques hommes occupés à la manoeuvre, tout le reste de l'équipage, dispersé dans les différentes parties du bâtiment, usait le temps à son caprice, lorsqu'une voix qui semblait venir du ciel s'écria:

— Oh! d'en bas, ho!

— Holà! répondit le contremaître placé à l'avant.

— Une voile! dit le matelot placé en observation.

— Une voile! répéta le contre-tire. Monsieur l'officier de quart, faites prévenir le capitaine.

— Une voile! une voile! répétèrent tous les matelots dispersés sur le tillac, car en ce moment une vague, soulevant le bâtiment qui apparaissait à l'horizon, l'avait rendu visible à l'oeil des marins, quoique le regard moins exercé d'un passager ou d'un soldat de terre l'eût certainement pris pour l'aile d'une mouette étendue sur l'Océan.

— Une voile! s'écria à son tour un jeune homme de vingt-cinq ans, s'élançant sur le tillac par l'escalier de la cabine, demandez à monsieur Arthur ce qu'il en pense.

— Holà! monsieur Arthur, cria en anglais le lieutenant, se servant de son porte-voix afin de ne pas se fatiguer inutilement, le capitaine demande ce que vous semble de cette coquille de noix.

— Mais, sauf meilleur avis, répondit dans la même langue le jeune midshipman auquel s'adressait l'interrogation, et qui était monté en vigie aussitôt qu'un bâtiment avait été signalé, il me semble que c'est un grand navire qui serre le vent pour se diriger de ce côté. Ah! ah! le voilà qui laisse tomber sa grande voile.

— Oui, oui, dit le jeune homme à qui Walter avait donné le titre de capitaine, oui, il a d'aussi bons yeux que nous, et il nous a vus. C'est bien. S'il aime la conversation, il trouvera à qui parler. D'ailleurs, nos canons doivent étouffer depuis si longtemps qu'ils ont la bouche fermée!