Cette histoire tomba parole à parole dans le fond de ma pensée, et y demeura cachée comme cette eau qui tombe goutte à goutte de la voûte de la grotte et forme peu à peu un bassin dans ses calmes et silencieuses profondeurs; de temps en temps, mon imagination se penchait au bord de cette eau mystérieuse et profonde, et je me disais:
— Il est cependant l'heure que cette eau jaillisse au dehors et se répande en cascade ou en ruisseau, en torrent ou en lac, à la vivifiante ardeur du soleil.
Seulement, sous quelle forme se répandrait-elle?
Sous la forme du drame, ou sous celle du roman?
À cette époque, vers 1831 et 1832, toute production se présentait à mon esprit sous la forme du drame.
Aussi, à chaque instant, me disais-je:
— Il faut pourtant que je fasse un drame de Paul John.
Et 1832, 1833, 1834 s'écoulèrent sans que les masses primitives de ce drame se détachassent assez clairement dans mon esprit, pour que mon esprit abandonnât ses autres rêves et s'attachât à celui- là.
Et je me disais:
— Attendons; il viendra un instant où le fruit sera mûr pour la vie, et il se détachera lui-même de la branche.