— Il lui dit: «Vos jours sont à moi, monsieur, et je pourrais les prendre; mais je veux que vous viviez pour me pardonner comme je vous pardonne.» À ces mots, il tomba mort: la balle du marquis lui avait traversé la poitrine.
— Oh! mon père! mon père! s'écria le jeune marin en se tordant les bras. Et il vit, cet homme qui a tué mon père! il vit, n'est- ce pas? il est encore jeune; il a encore la force de lever une épée ou un pistolet. Nous l'irons trouver… aujourd'hui, tout à l'heure. Tu lui diras: «C'est son fils, il faut que vous vous battiez avec lui.» Oh! cet homme… cet homme… Malheur à cet homme!
— Dieu s'est chargé de la vengeance, répondit Achard: cet homme est fou.
— C'est vrai, murmura Paul; je l'avais oublié.
— Et dans sa folie, continua Achard, il voit éternellement cette scène sanglante, et répète dix fois par jour ces paroles suprêmes qui lui furent adressées par votre père.
— Ah! voilà donc pourquoi la marquise ne le quitte pas d'une minute.
— Et voilà pourquoi, sous prétexte qu'il ne veut pas voir ses enfants, elle a éloigné de lui Emmanuel et Marguerite.
— Pauvre soeur! dit Paul avec un accent de tendresse infinie. Et maintenant elle veut la sacrifier en la mariant malgré elle à ce misérable Lectoure!
— Oui, mais ce misérable Lectoure, reprit Achard, emmène Marguerite à Paris, donne un régiment de dragons à son frère: la marquise ne craint plus la présence de ses enfants, son secret reste désormais entre elle et deux vieillards qui, demain, cette nuit, peuvent mourir… La tombe est muette.
— Mais, moi, moi!