—Je parie, dit le duc de Guise, que vous voulez parler de mon gredin de fils?

—Justement! Vous savez qu'il se fait donner la chemise comme un prince du sang, huit ou dix personnes ont fait la sottise de la lui passer; mais il y a quelques jours, il la donna à l'abbé de Retz, qui a fait semblant de la chauffer et l'a laissée tomber dans le feu, où elle a brûlé, après quoi l'abbé a pris son chapeau, a salué et est sorti.

—Il a, par ma foi! bien fait, dit le duc de Guise, et il en aura mon compliment la première fois que je le rencontrerai.

—Si j'osais prendre la parole, dit Mme de Combalet, je dirais qu'il a fait pis que cela.

—Oh! dites, dites, madame, fit M. de Guise.

—Eh bien, à la dernière visite qu'il a faite à sa sœur, Mme de Saint-Pierre, à Reims, il dîna avec elle au parloir, et ensuite entra au couvent, comme prince, après le dîner; le voilà, avec ses seize ans, qu'il se met à courir après les religieuses, qu'il attrape la plus belle, et que, bon gré mal gré, il l'embrasse.—Mon frère! criait Mme de Saint-Pierre, vous moquez vous des épouses de Jésus-Christ?—Bon! répondait le vaurien, Dieu est trop puissant pour permettre que l'on embrasse ses épouses, si telle n'était pas sa volonté.—Je me plaindrai à la reine! disait la religieuse embrassée, qui était très-jolie. L'abbesse eut peur.—Embrassez celle-là aussi, dit-elle au prince.—Ah! ma sœur, elle est bien laide.—Raison de plus, vous aurez l'air d'avoir fait la chose par enfantillage, et sans savoir ce que vous faites.—Est-ce bien utile, ma sœur?—Très utile, ou la jolie se plaindra.—Eh bien, toute laide qu'elle soit, puisque vous le voulez, elle sera embrassée. Et il l'embrassa; la laide lui en sut gré et empêcha la jolie de se plaindre.

—Et comment savez-vous cela, belle veuve? demanda le duc à Mme de Combalet.

—Mme de Saint-Pierre a fait son rapport à mon oncle; mais mon oncle a une telle faiblesse pour la maison de Guise, qu'il n'a fait qu'en rire.

—Je l'ai rencontré il y a un mois à peu près, dit M. le prince, avec un bas de soie jaune, en guise de plume, à son chapeau. Que voulait dire cette nouvelle folie?

—Cela voulait dire, fit M. d'Orléans, qu'il était alors amoureux de la Villiers de l'hôtel de Bourgogne, et qu'elle jouait un rôle dans lequel elle portait des bas jaunes. Il lui fit faire, par Tristan l'Hermite, des compliments sur sa jambe. Elle tira un de ses bas et le remit à Tristan en disant: Si M. de Joinville veut, durant trois jours, porter à son chapeau ce bas en guise de plume, il pourra me venir après demander tout ce qu'il voudra.