—Parce qu'avant de mourir, je veux me venger!

—Eh! que diable! quand on veut se venger et que l'on a pour ami un homme qui s'appelle Souscarrières, on lui conte ses petites affaires, et l'on ne va pas chercher un coupe-jarret rue de l'Homme-Armé.

—J'ai été chercher un coupe-jarret, parce qu'il n'y avait qu'un coupe-jarret qui pût me rendre le service que je demandais de lui. Si Souscarrières eût pu me rendre ce service, je ne me fusse adressé à personne, et pas même à lui, je me fusse chargé moi-même d'appeler et de tuer mon homme; voir un rival que l'on déteste étendu à ses pieds, se débattant dans les angoisses de l'agonie, c'est une trop grande volupté pour se la refuser quand on peut la prendre.

—Eh bien! pourquoi ne la prends-tu pas?

—Tu me feras dire ce que je ne veux pas, ce que je ne peux pas dire.

—Eh! dis, mordieu! l'oreille d'un ami dévoué est un puits où se perd tout ce que l'on y jette. Tu veux mal de mort à un homme, bats-toi avec lui et tue-le.

—Eh! malheureux! s'écria Pisani emporté par sa passion, est-ce que l'on se bat avec les princes du sang! ou plutôt est-ce que les princes du sang se battent avec nous autres, simples gentilshommes. Quand on veut être débarrassé d'eux, il faut les faire assassiner!

—Et la roue? dit le compagnon du gentilhomme bossu que nous avons entendu nommé Souscarrières.

—Lui mort, je me serais tué. Est-ce que je n'ai pas la vie en horreur?

—Ouais! s'écria Souscarrières en se frappant le front, est-ce que j'y serais par hasard?