—Il se borna à étudier cette seule question: «Du droit que tout chrétien a de tuer un roi ennemi du pape.» Lorsqu'il sortit de prison, M. d'Epernon sachant que c'était un homme religieux et visité de l'esprit du Seigneur, et qu'il avait été clerc chez son père, qui était solliciteur de procès, l'envoya à Paris suivre un procès qu'il y avait. M. d'Epernon lui donna, comme il devait passer par Orléans, des recommandations pour M. d'Entragues et pour sa fille Henriette, qui lui donnèrent une lettre, afin qu'à Paris il logeât chez moi.
—Quel effet vous fit-il la première fois que vous le vîtes? demanda le cardinal.
—Je fus fort effrayée de sa figure: c'était un homme grand et fort, charpenté vigoureusement, d'un roux foncé et noirâtre. Quand je le vis, je crus voir Judas; mais quand j'eus ouvert la lettre de Madame Henriette, quand j'y eus lu qu'il était fort religieux, quand j'eus reconnu moi-même qu'il était fort doux, je n'en eus plus peur.
—N'est-ce point de chez vous qu'il alla à Naples?
—Oui, pour le duc d'Epernon; il y mangea chez un nommé Hébert, secrétaire du duc de Guise, et, pour la première fois, il annonça qu'il tuerait le roi.
—Oui, je sais déjà cela, un nommé Latil m'a dit la même chose que vous. Avez-vous connu ce Latil?
—Oh! oui. C'était à l'époque où je fus arrêtée, le page de confiance de M. d'Epernon; lui aussi, doit savoir beaucoup de choses.
—Ce qu'il sait, il me l'a dit; continuez.
—J'ai bien faim, dit la dame de Coëtman.
Le cardinal lui versa un verre de vin et lui permit d'y tremper un peu de pain. Après avoir bu ce vin et mangé ce pain, elle se sentit toute réconfortée.