—A son retour de Naples vous le vîtes? demanda le cardinal.
—Qui, Ravaillac? Oui; ce fut alors que par deux fois, le jour de l'Ascension et de la Fête-Dieu, il me dit tout, c'est-à-dire qu'il était décidé à tuer le roi.
—Et quel air avait-il en vous faisant cette confidence?
—Il pleurait, disant qu'il avait des doutes, mais qu'il était forcé.
—Par qui?
—Par la reconnaissance qu'il devait à M. d'Epernon, qui faisait assassiner le roi pour tirer la reine-mère du danger où elle était.
—Et dans quel danger était la reine-mère?
—Le roi voulait faire faire le procès de Concini comme concussionnaire et le faire condamner à être pendu; celui de la reine-mère comme adultère, et la renvoyer à Florence.
—Et cette confidence faite, que résolûtes-vous?
—Comme Ravaillac ne savait point à cette époque que la reine-mère en fût, je pensai à lui tout dire. Le roi, à qui j'avais écrit pour lui demander une audience, n'ayant point répondu, et de fait à cette époque il pensait à toute autre chose, étant au plus fort de son amour pour la princesse de Condé, j'écrivis donc à la reine, et cela par trois fois, que j'avais un avis important à lui donner pour le salut du roi, et j'offrais de donner toute preuve. La reine me fit répondre qu'elle m'écouterait, que j'attendisse trois jours. Les trois jours se passèrent, le quatrième, elle partit pour Saint-Cloud.