Sully, qui était brouillé avec elle, alla l'y voir. Pourquoi faire? Peut-être parce qu'il ne pouvait pas croire qu'elle eût commis une pareille imprudence.

La pauvre femme se croyait déjà reine. Pour plaire à Sully, elle fit comme si elle l'était, disant qu'elle verrait toujours avec grand plaisir la duchesse à ses levers et à ses couchers. La duchesse, furieuse, cria à l'impertinence.

Les choses ne sont point comme on le croit, lui dit Sully pour l'apaiser, et vous allez voir un beau jeu bien joué, si la corde ne se rompt pas.

Evidemment il savait tout.

Comment! Sully savait qu'on allait empoisonner Gabrielle?

Sans doute! Sully était un homme d'Etat, aussi quitta-t-il Paris pour laisser les empoisonneurs opérer tout à leur aise; mais il recommanda bien qu'on le tînt au courant.

Nous disons les empoisonneurs, car il y en avait deux; le second était un nommé Lavarenne, qui mourut de saisissement parce qu'une pie, au lieu de l'appeler d'un nom d'homme, l'avait appelé d'un nom de poisson.

De même que Zamet était un ex-cordonnier, Lavarenne était un ex-cuisinier. C'était un drôle à toute sauce, que Henri IV avait tiré des cuisines de sa sœur Madame, où il jouissait d'une grande célébrité pour piquer des poulets. Elle le rencontra un jour, à l'époque où il avait fait fortune.—«Eh, lui dit-elle, il paraît, mon pauvre Lavarenne, que tu as plus gagné à porter les poulets de mon frère qu'à larder les miens.»

Cette apostrophe de Madame explique l'erreur de la pie et la susceptibilité de l'ex-lardeur de poulets.

C'est à lui que Sully avait dit: