—Que je sois le premier à le savoir, s'il arrivait par hasard quelque accident à Mme la duchesse de Beaufort.

Lavarenne n'y manqua point. Sully fut averti un des premiers.

Il lui raconte comment Gabrielle est tombée tout à coup malade, d'une maladie étrange et qui l'a tellement défigurée «que de crainte que cette vue n'en dégoutât le roi Henri IV, si jamais elle en revenait, il s'est hasardé, pour lui épargner un trop grand déplaisir, de lui écrire pour le supplier de rester à Fontainebleau, d'autant plus qu'elle était morte

Et il ajoutait:

«Et moi je suis ici, tenant cette pauvre femme comme morte, entre mes bras, ne croyant pas qu'elle vive encore une heure.»

Ainsi les deux drôles étaient si bien sûrs de la qualité de leur poison que, la pauvre Gabrielle toute vivante, l'un d'eux écrivait au roi qu'elle était morte, et à Sully qu'elle allait mourir.

Elle ne mourut cependant pas si vite que l'on croyait; elle agonisa jusqu'au samedi matin. C'était le vendredi soir que Lavarenne avait envoyé un messager à Sully. Il arriva qu'il faisait nuit encore; Sully embrassa sa femme, qui était au lit, et lui dit:

—Fille, vous n'irez point aux levers et aux couchers de Mme la duchesse; maintenant que la voilà morte, Dieu lui donne bonne vie et longue.

C'est lui-même, au reste, qui raconte, et dans ces mêmes termes, la chose dans ses mémoires.

Gabrielle morte, Sully n'eut pas de peine à décider Henri pour Marie de Médicis.