—Excusez-moi; quand je vous rappelais vos grands projets contre l'Autriche et l'Espagne, vous avez dit: Projets qui m'ont brouillé avec la reine-mère.

—C'est vrai; n'est-elle pas Autrichienne par sa mère Jeanne, et Espagnole par son oncle Charles-Quint.

—Justement, et cependant c'était à vous, monsieur de Sully, qu'elle devait d'être reine de France.

—J'ai eu tort de donner ce conseil au roi Henri IV, mon auguste maître, et depuis, bien souvent, je m'en suis repenti.

—Eh bien, la même lutte que vous eûtes à soutenir, il y a vingt ans, et dans laquelle vous avez succombé, je la soutiens, moi, aujourd'hui, et peut-être y succomberais-je à mon tour pour le malheur de la France, car aujourd'hui j'ai deux reines contre moi, la jeune et la vieille.

—Par bonheur, dit Sully en grimaçant un sourire et en mâchant son cure-dents, ce n'est pas la jeune qui a le plus d'influence; le roi Henri IV aimait trop; son fils n'aime pas assez.

—Avez-vous quelquefois songé, monsieur le duc, à cette différence qui existe entre le père et le fils?

Sully regarda Richelieu d'un air railleur, comme pour demander: En êtes-vous là?

Puis: