Sully se tut.

—Eh bien, continua Richelieu rapprochant sa chaise du fauteuil de Sully, rappelez bien tous vos souvenirs sur cette fatale date du 14 mai, et veuillez me dire quels sont les avis que vous avez reçus?

—On en reçut beaucoup; mais par malheur on y fit peu d'attention; quand la Providence veille, il arrive souvent que les hommes dorment; mais avant tout le roi Henri avait commis deux imprudences.

—Lesquelles?

—Après avoir promis au pape Paul V le rétablissement des jésuites, il lui répondit, quand il le pressa de tenir sa promesse:—«Si j'avais deux vies, j'en donnerais une pour satisfaire Votre Sainteté; mais, n'en ayant qu'une, je la garde pour votre service et l'intérêt de mes sujets.» La seconde fut de laisser insulter en plein Parlement le chevalier de la reine, l'illustrissime faquin Concino Concini; elle se crut avilie elle-même en voyant son Sigisbée, son brillant vainqueur des joûtes, celui qui avait éclipsé des princes, battu par des hommes de robe, plumé par des clercs, elle voua le roi à une vendetta italienne, et elle ferma son cœur à tous les avis qui lui furent donnés.

—Ces avis ne lui furent-ils point particulièrement donnés, demanda Richelieu, par une femme nommée la dame de Coëtman?

Sully tressaillit.

—Oui, particulièrement, dit-il, mais il y en eut d'autres. Il y eut un nommé Lagarde qui se trouvait à Naples chez Hébert, qui prévint le roi et que d'Epernon fit assassiner. Il y eut un certain Labrosse que l'on n'a point retrouvé, et qui, le 14 mai au matin, prévint M. de Vendôme que le passage du 13 au 14 serait fatal au roi.

—Mais... insista Richelieu, cette dame de Coëtman ne s'est-elle point aussi adressée à vous, monsieur le duc?

Sully baissa la tête.