—Et quant au duc de Sully, continua le cardinal, s'étant si peu soucié de la lettre depuis dix-huit ans, il est probable qu'il ne s'en soucie pas davantage aujourd'hui.
Mlle de Gournay secoua la tête.
—Je ne puis rien faire qu'avec la permission de M. de Sully, dit-elle, surtout la dame de Coëtman n'étant plus de ce monde.
—Et cependant, dit Richelieu, si je mettais les grâces que je vous ai accordées au prix de cette lettre.
Mlle de Gournay se leva avec une dignité suprême.
—Monseigneur, dit-elle, je suis fille de noblesse et, par conséquent gentilfemme, comme vous êtes gentilhomme... Je mourrai de faim s'il le faut, mais ne ferai point une chose que me reprocherait ma conscience.
—Vous ne mourrez pas de faim, noble fille, et votre conscience ne vous reprochera rien, dit le cardinal avec une visible satisfaction de voir tant de loyauté dans une pauvre faiseuse de livres; j'ai promesse de M. de Sully de vous donner cette permission, et vous allez aller vous-même à l'hôtel de Sully avec mon capitaine des gardes, pour la lui demander.
Puis, appelant à la fois Cavois et Bois-Robert, qui entrèrent chacun par une porte:
—Cavois, dit-il, vous allez conduire de ma part et dans mon carrosse Mlle de Gournay chez M. le duc de Sully; vous ferez en sorte, en me nommant, qu'elle soit introduite sans attendre; puis l'accompagnerez, en carrosse toujours, jusque chez elle, et là elle vous remettra une lettre que vous ne rendrez qu'à moi.
Puis s'adressant à Bois-Robert: