La lettre du baron n'était qu'un long panégyrique du roi de Suède, qu'il présentait à Richelieu comme le seul homme capable d'arrêter le progrès des armes impériales en Allemagne, si les protestants voulaient signer une ligue avec lui.
Richelieu réfléchit un instant, puis comme s'il rompait avec un dernier scrupule:
—Bon, fit-il, le pape dira ce qu'il voudra: au bout du compte, je suis cardinal, et il ne peut me décardinaliser; mais la gloire et la grandeur de la France avant tout!
Et tirant un papier à lui, il écrivit:
—Exhorter le roi Gustave dès qu'il en aura fini avec les Russes à passer en Allemagne au secours de ceux de sa religion, dont Ferdinand méditait la perte.
«Promettre au roi Gustave que Richelieu lui fournira une grosse somme d'argent, s'il seconde sa politique, et laisser espérer que le roi de France attaquera en même temps la Lorraine pour faire une diversion.»
Le cardinal, comme on le voit, n'oubliait pas la lettre en chiffres que, huit jours auparavant, Rossignol avait déchiffrée.
Enfin le cardinal ajoutait:
«Si l'entreprise du roi de Suède commence bien et promet un bon succès, le roi de France ne gardera plus aucun ménagement à l'endroit de la maison d'Autriche.»
«La lettre pour le chevalier Marini et la dépêche pour Charnassé partiront le jour même.