Le cardinal en était là de son travail diplomatique, lorsque Cavois rentra, lui rapportant la lettre de Mme de Coëtman, dont M. de Sully avait donné décharge à Mlle de Gournay.

Elle était conçue en ces termes:

«Au roi Henri IV, Majesté très-aimée!

«Prière instante au nom de la France, au nom de son intérêt, au nom de sa vie, de faire arrêter un homme nommé François Ravaillac, connu partout sous le nom de Tueur du Roi, qui m'a avoué à moi-même son dessein horrible, et que l'on dit, j'ose à peine le répéter, poussé à ce parricide par la reine, par le maréchal d'Ancre et par le duc d'Epernon.

«Trois lettres étant écrites par moi, la très humble servante de Sa Majesté, à la reine et étant restées sans réponse, je m'adresse au roi et prie M. le duc de Sully, que je crois le meilleur ami de Sa Majesté, et même je l'adjure au besoin de mettre cette lettre sous les yeux du roi dont je suis la très-humble sujette et servante,

«Jeanne Levoyer, dame de Coetman.»

Richelieu fit un signe de satisfaction, indiquant que la lettre était bien telle qu'il la désirait; et ouvrant le tiroir secret dans lequel était le fil correspondant à la chambre de sa nièce, après avoir hésité s'il n'appellerait point celle-ci, il referma le tiroir, s'apercevant que Cavois se tenait debout devant lui et paraissait avoir encore quelque chose à lui dire.

—Eh bien, Cavois, que veux-tu encore, importun? lui demanda-t-il de ce ton auquel ses familiers ne se trompaient point, et qu'il prenait lorsqu'il était de belle humeur.

—Eminence, c'est M. de Souscarrières qui vous fait tenir son premier rapport.

—Ah! c'est vrai! va prendre le premier rapport de M. de Souscarrières et apporte-le moi.