—Monsieur le maréchal, dit La Vieuville, quand on nage, c'est qu'on a perdu pied, n'est-ce pas?
—Oui.
—Et quand on a perdu pied, c'est qu'on n'a plus de fond.
—Après?
—Eh bien, je n'ai plus de fond; je nage, je nage, je nage!
En ce moment, M. le duc d'Angoulême, bâtard de Charles IX et de Marie Touchet, venait de se joindre au cortége avec le duc de Guise que nous avons déjà vu dans la soirée de la princesse Marie, et à qui le duc d'Orléans avait promis un corps, dans l'armée où il serait lieutenant-général pour le roi dans l'expédition d'Italie, et tous deux attendaient pour s'avancer que le roi les remarquât. Bassompierre, qui ne trouvait rien à répondre à de Vieuville et qui n'aimait point à rester court, s'accrocha bravement au duc d'Angoulême, nous disons bravement, parce que le duc d'Angoulême était pour la réplique, comme on disait alors, un des meilleurs becs de l'époque.
—Vous nagez, vous nagez, vous nagez, c'est très bien; les oies et les canards nagent aussi; mais cela ne me regarde pas, moi. Ah! pardieu, si je faisais de la fausse monnaie, comme M. d'Angoulême, cela ne m'inquiéterait pas!
Le duc d'Angoulême, qui probablement n'avait pas de riposte prête, fit semblant de ne pas entendre; mais le roi Louis XIII avait entendu, et comme il était très médisant de caractère:
—Entendez-vous ce que dit M. Bassompierre, mon cousin? fit-il.
—Non, Sire, je suis sourd de l'oreille droite, répondit le duc.