—Comme César, dit Bassompierre.
—Il vous demande si vous faites toujours de la fausse monnaie?
—Pardon, Sire, reprit Bassompierre, je ne demande pas si M. d'Angoulême continue à faire de la fausse monnaie, ce qui serait dubitatif; je dis qu'il en fait, ce qui est affirmatif.
Le duc d'Angoulême haussa les épaules.
—Voilà vingt ans, dit-il, que l'on me harpigne avec cette fadaise.
—Qu'y a-t-il de vrai, voyons, dites, mon cousin, demanda le roi.
—Ah! mon Dieu, Sire, voilà la vérité pure: je loue, dans mon château de Gros-Bois, une chambre à un alchimiste nommé Merlin, qui la prétend merveilleusement située pour la recherche de la pierre philosophale. Il m'en donne quatre mille écus par an, à la condition de ne pas lui demander ce qu'il y fait et de lui laisser jouir du privilége qu'ont les habitations de France, de ne point être visitées par la justice. Vous comprenez bien, Sire, que louant une seule chambre plus qu'on ne m'offrait pour tout le château, je n'irai point, par une indiscrétion ridicule, perdre un si bon locataire.
—Voyez, Bassompierre, comme vous êtes méchante langue, dit le roi; quoi de plus honnête que l'industrie de notre cousin?
—D'ailleurs, dit le duc d'Angoulême, qui ne se tenait point pour battu, quand je ferais un peu de fausse monnaie, moi, fils du roi Charles IX, roi de France; votre père, de glorieuse mémoire, fils d'Antoine de Bourbon, qui n'était que roi de Navarre, volait bien.
—Comment, mon père volait! s'écria Louis XIII.