—Voulez-vous plus, et trouvez-vous que ce n'est point assez pour une grande reine, monsieur Particelli?

—D'Emery! d'Emery! d'Emery! répéta-t-il avec désespoir. Trop heureux de pouvoir être utile à Sa Majesté, mais au nom du ciel, appelez-moi d'Emery.

—C'est vrai, dit Mme de Fargis, Particelli est le nom d'un pendu.

—Merci, M. d'Emery, dit la reine, vous me rendez un véritable service.

—C'est moi qui suis l'obligé de Votre Majesté; mais je lui serais bien reconnaissant de prier Mme de Fargis, qui se trompe toujours, de ne plus m'appeler Particelli.

—C'est convenu, M. d'Emery, c'est convenu; seulement venez dire à M. Lopez que la reine peut prendre chez lui pour 20,000 livres, et qu'il n'aura affaire qu'à vous.

—A l'instant même. Mais c'est convenu, jamais plus de Particelli, n'est-ce pas?

—Non, monsieur d'Emery, non, monsieur d'Emery, non, monsieur d'Emery, répondit Mme de Fargis, en suivant l'ex-pendu jusqu'à ce qu'elle l'eût abouché avec Lopez.

Pendant ce temps la reine et l'ambassadeur d'Espagne avaient échangé un coup d'œil et s'étaient insensiblement rapprochés l'un de l'autre. Le comte de Moret se tenait appuyé contre une colonne et regardait Isabelle de Lautrec, qui faisait semblant de jouer avec la naine et de causer avec Mme de Bellier, mais qui, nous devons le dire, n'était guère au jeu de l'une, ni à la conversation de l'autre. Mme de Fargis veillait à ce que le crédit ouvert à Sa Majesté fût bien de vingt mille livres; d'Emery et Lopez discutaient les conditions de ce crédit. Tout le monde était donc si occupé de ses affaires, que nul ne pensait à celles de l'ambassadeur et de la reine, qui, à force de marcher l'un au devant de l'autre, se trouvèrent enfin côte à côte.

Les compliments furent courts, et l'on passa vite aux choses intéressantes.