—Mon cher duc! mon cher duc! murmura M. de Guise, ne sachant pas, ou plutôt sachant trop où un interlocuteur, aussi goguenard que M. d'Angoulême, pouvait le mener en prenant un pareil chemin.
—Mais non, insista le duc avec cet air de bonhomie qu'il prenait avec tant d'art, qu'on ne savait jamais s'il raillait ou s'il parlait sérieusement, mais non, et c'est visible, pardieu! Nous nous souvenons tous, excepté vous, de feu votre père. Il était grand, vous êtes petit; il avait le nez aquilin, vous l'avez camus; il avait les yeux noirs, vous les avez gris.
—Que ne dites-vous aussi qu'il avait une balafre à la joue, et que je ne l'ai pas.
—Parce que vous ne pouvez pas avoir ce qui ne s'attrape qu'à la guerre, vous qui n'avez jamais vu le feu.
—Comment, s'écria le duc de Guise, je n'ai jamais vu le feu! et à La Rochelle donc?
—C'est vrai, j'oubliais, il a pris à votre bâtiment—le feu!
—Duc, dit M. de Guise, détachant son bras de celui du duc d'Angoulême, je crois que vous êtes dans un mauvais jour, et qu'autant vaut que nous nous séparions.
—Moi! dans un mauvais jour, que vous ai-je donc dit? pas des choses désagréables, je l'espère, ou ce serait sans intention. On ressemble à qui l'on peut, vous comprenez bien; ça c'est une affaire de hasard. Est-ce que par exemple moi je ressemble à mon père Charles IX, qui était rouge de cheveux et rouge de peau; mais on ne doit pas se désoler pour cela, on ressemble toujours à quelqu'un.
—Tenez, notre roi, par exemple; eh bien, il ressemble au cousin de la reine-mère, qui est venu en France avec elle, au duc de Bracciano; vous le rappelez-vous ce Virginio Orsini?—Monsieur, de son côté, ressemble au maréchal d'Ancre comme une goutte d'eau à une autre. Vous-même vous ne vous doutez peut-être pas à qui vous ressemblez.
—Non je ne saurais pas le savoir.