—N'as-tu pas entendu qu'il demande le duel juridique? Nous avons un exemple dans la monarchie: celui de Jarnac et de la Châtaigneraie, sous le roi Henri II.
—Bon, voilà que tu oublies qu'il y a soixante-quinze ans de cela, que Jarnac et la Châtaigneraie étaient deux grands seigneurs qui pouvaient tirer l'épée l'un contre l'autre, que la France en était encore aux temps chevaleresques, et qu'enfin il n'y avait point contre les duels les édits qui viennent de faire tomber en Grève la tête de Bouteville, c'est-à-dire d'un Montmorency. Va parler à M. de Richelieu d'autoriser M. Baradas, page du roi, à se battre contre M. de Bassompierre, maréchal de France, colonel général des Suisses, et tu verras comme il te recevra!
—Il faut pourtant que le pauvre Baradas ait une satisfaction quelconque, ou il le fera comme il le dit.
—Et que fera-t-il?
—Il restera chez lui!
—Et crois-tu que la terre cessera de tourner pour cela, puisque M. Galilée prétend qu'elle tourne!... Non, M. Baradas est un fat et un ingrat comme les autres,—dont tu te dégoûteras comme des autres;—quant à moi, si j'étais à ta place, je sais bien ce que je ferais, mon fils.
—Et que ferais-tu? car au bout du compte, l'Angély, je dois le dire, tu me donnes parfois de bons conseils.
—Tu peux même dire que je suis le seul qui t'en donne de bons.
—Et le cardinal, dont tu parlais tout à l'heure?