Ce témoignage de satisfaction n'échappa point au cardinal.—Il continua:

—La confiance que j'avais dans le maréchal de Créquy, je la reporte en vous, prince. Votre parenté avec la reine-mère n'influera point sur votre amour pour la France, car, comprenez-le bien, cette guerre d'Italie, c'est selon le résultat bon ou mauvais qu'elle aura la grandeur ou l'abaissement de la France.

Et comme le comte de Moret écoutait attentivement ce que disait le cardinal:

—Vous faites bien de me prêter, vous aussi, attention, mon jeune prince, dit-il; car nul plus que vous ne doit aimer cette France pour laquelle votre auguste père a tout donné, même sa vie.

Et comme il voyait que le duc de Montmorency attendait avec impatience la fin de son discours:

—Je terminerai en peu de paroles, dit-il: je mettrai dans ces dernières paroles la même franchise que j'ai mise dans tout mon entretien. Si, comme je l'espère, je suis chargé de la conduite de la guerre, vous aurez le principal commandement de l'armée, mon cher duc; et, le siége de Cazal levé, vous trouverez derrière la porte cette épée de connétable qui ainsi rentrera pour la troisième fois dans votre famille. Et maintenant réfléchissez, monsieur le duc, si vous avez plus à attendre d'un autre que de moi. Je ne vous en voudrais pas, puisque je vous offre toute liberté.

—Votre main! monseigneur, dit Montmorency.

Le cardinal lui tendit la main.

—Au nom de la France, monseigneur, lui dit Montmorency, recevez-moi comme votre homme lige; je promets d'obéir en tous points à Votre Eminence, excepté le cas où l'honneur de mon nom serait compromis.

—Si je ne suis pas prince, monsieur le duc, dit Richelieu avec une suprême dignité, je suis gentilhomme. Croyez bien que je ne demanderai jamais à un Montmorency rien dont il ait à rougir.