On se rapprocha des deux amis avec plus de curiosité. Mme la princesse surtout, nature avide de louanges, voyant dans tout poëte un panégyriste de sa beauté qui commençait à pâlir, Mme la princesse paraissait on ne peut plus curieuse; elle fit rouler son fauteuil du côté du groupe qui se formait autour de Rotrou et de son compagnon, et tandis que les hommes, et particulièrement les poëtes, se tenaient dédaigneusement à leur place:
—Eh! monsieur Corneille, demanda-t-elle, peut-on s'informer quel est le titre de votre comédie?
Corneille se retourna à cette interpellation faite d'une voix quelque peu hautaine. Tandis qu'il se retournait, Rotrou lui souffla un mot à l'oreille.
—Elle s'appelle Mélite, répondit-il, à moins toutefois que Votre Altesse ne daigne la baptiser d'un meilleur nom.
—Mélite! Mélite! répéta la princesse; non, il faut le laisser ainsi, Mélite est charmant, et si la fable y correspond...
—Ah voilà ce qu'il y a de charmant surtout, madame la princesse, dit Rotrou, c'est que ce n'est point une fable, c'est une histoire.
—Comment, une histoire? demanda Mlle Paulet, l'argument en serait-il vrai?
—Voyons, raconte la chose à ces dames, mauvais sujet, dit Rotrou à son compagnon.
Corneille rougit jusqu'aux oreilles; nul n'avait moins l'air d'un mauvais sujet que lui.
—Reste à savoir si l'histoire peut se raconter en prose, dit Mme de Combalet, se couvrant d'avance, et pour le cas où Corneille raconterait l'histoire, le visage de son éventail.