Mme de Combalet, nièce bien-aimée du cardinal, était une habituée du salon de Mme de Rambouillet.
—J'aimerais mieux, dit timidement Corneille, en réciter quelques vers qu'en raconter l'argument.
—Bah! dit Rotrou, voilà bien de l'embarras pour une galanterie. Je vais vous la dire en deux mots, moi l'histoire. Mais ce n'est point là qu'est le mérite, puisque l'histoire est vraie, et que mon ami en étant le héros n'a pas même le mérite de l'invention. Imaginez-vous, madame, qu'un ami de ce libertin...
—Rotrou! Rotrou! interrompit Corneille.
—Je reprends, malgré l'interruption, continua Rotrou; imaginez-vous qu'un ami de ce libertin le présente dans une honnête maison de Rouen, où tout était arrêté pour son mariage avec une fille charmante... Que pensez-vous que fasse M. Corneille? Qu'il attendra que la noce s'accomplisse, et que momentanément il lui suffira d'être garçon d'honneur, quitte plus tard à... Vous comprenez bien, n'est-ce pas?
—M. Rotrou! fit Mme Combalet en tirant sur ses yeux sa coiffe de carmélite.
—Quitte plus tard à quoi faire? répéta Mlle de Scudéri d'un air rogue. Si les autres ont compris, je vous préviens, M. de Rotrou, que je n'ai pas compris, moi.
—Je l'espère bien, belle Sapho—c'était le nom que l'on donnait à Mlle Scudéri dans le dictionnaire des ridicules—je parle pour M. l'évêque de Vence et Mlle Paulet, qui ont compris, eux, n'est-ce pas?
Mlle Paulet donna avec une grâce des plus provocantes un petit coup d'éventail sur les doigts de Rotrou, en disant:
—Continuez, vaurien, plus vite vous aurez fini, mieux sera.