—Ouvrez-moi alors. J'ai à vous communiquer quelque chose que je crois d'une certaine importance.
Le cardinal regarda autour de lui pour voir s'il était bien seul en effet; puis, poussant le ressort, il ouvrit le passage secret dans lequel apparut un beau jeune homme frisant une fausse moustache.
Ce jeune homme, c'était Marion.
—Ah! vous voilà, beau page, dit Richelieu souriant; j'avoue que, si j'attendais quelqu'un à cette heure, ce n'était pas vous.
—Ne m'avez-vous pas dit: A quelque heure que ce soit, quand vous aurez quelque chose d'important à me dire, si je ne suis pas dans mon cabinet, sonnez; si j'y suis, frappez.
—Je vous l'ai dit, ma chère Marion, et je vous remercie de vous en souvenir.
Et s'asseyant, le cardinal fit signe à Marion de s'asseoir près de lui.
—Sous ce costume! fit Marion, en riant et pirouettant sur la pointe du pied pour montrer au cardinal toutes les élégances de sa personne, même sous un habit qui n'était pas celui de son sexe;—non, ce serait manquer de respect à Votre Eminence; je resterai debout, s'il vous plaît, monseigneur, pour vous faire mon petit rapport à moins que vous n'aimiez mieux que je vous parle un genou en terre; mais alors ce serait une confession, et non pas un rapport, et cela nous entraînerait trop loin tous les deux.
—Parlez comme vous voudrez; Marion, dit le cardinal, laissant percer une certaine inquiétude sur son front; car si je ne me trompe, vous m'avez demandé cette entrevue pour me préparer à une mauvaise nouvelle, et les mauvaises nouvelles, comme il faut y parer, on ne les sait jamais trop tôt.
—Je ne saurais dire si la nouvelle est mauvaise; mon instinct de femme me dit qu'elle n'est pas bonne. Vous apprécierez.