—J'écoute.

—Votre Eminence a appris que le roi était brouillé avec son favori, M. Baradas.

—Ou plutôt que M. Baradas était brouillé avec le roi.

—En effet, c'est plus juste, puisque c'était M. Baradas qui boudait le roi. Eh bien, ce soir, pendant que le roi était avec son fou l'Angély, les deux reines sont entrées, et après une demi-heure environ, sont sorties; elles étaient fort émues et ont causé un instant avec Mgr le duc d'Orléans; après quoi M. le duc d'Orléans s'est entretenu près d'un quart d'heure, dans l'embrasure d'une fenêtre, avec M. Baradas: on paraissait discuter. Enfin le prince et le page sont tombés d'accord, tous deux sont sortis ensemble, Monsieur est resté dans le corridor jusqu'à ce qu'il eût vu entrer Baradas chez le roi; après quoi il a disparu à son tour dans le corridor qui conduit à l'appartement des deux reines.

Le cardinal resta pensif pendant un instant, puis regardant Marion sans se donner la peine de dissimuler son inquiétude:

—Vous me donnez des détails d'une précision telle, dit-il, que je ne vous demande pas si vous êtes sûre de leur exactitude.

—J'en suis sûre, et d'ailleurs je n'ai aucune raison de cacher à Votre Eminence de qui je les tiens.

—S'il n'y a pas d'indiscrétion, ma belle amie, je serais, je vous l'avoue, bien aise de le savoir.

—Non-seulement il n'y a pas d'indiscrétion, mais je suis convaincue que je rends service à celui qui me les a donnés.

—C'est donc un ami.