—Avec cela qu'il ira en Italie! Ah! vous ne le connaissez pas encore, monsieur le cardinal... Lui me quitter! lui se séparer de sa petite femme!... jamais!

—Mais il vous quittait bien, il se séparait bien de vous pour moi.

—Pour vous, oui... parce que je ne sais pas ce que vous lui avez fait, mais vous l'avez comme ensorcelé... ce n'est pas une forte tête, pauvre homme, et s'il ne m'avait pas eue pour conduire la maison et élever les enfants, je ne sais pas comment il s'en serait tiré... Mais, pour un autre que vous, se séparer de sa femme!... fâcher Dieu en couchant avec elle une fois par hasard!... jamais!

—Mais les devoirs de sa charge?

—De quelle charge?

—En quittant mon service, Cavois passe à celui du roi.

—Bon, prenez-y garde; en quittant votre service, monseigneur, Cavois passe au mien. J'espère bien qu'à l'heure qu'il est, il a déjà donné sa démission à Sa Majesté.

—Vous a-t-il donc dit qu'il devait le faire?

—Est-ce qu'il a besoin de me dire ce qu'il fera? est-ce que je ne le sais pas d'avance? est-ce que je ne vois pas tout au travers de lui comme à travers un cristal? Quand je vous dis que c'est fait à cette heure-ci, c'est fait, quoi!

—Mais, ma chère madame Cavois, dit le cardinal, la place de capitaine des gardes valait six mille livres par an; ces six mille livres vont manquer dans votre petit ménage, et comme simple particulier je ne puis pas décemment avoir un capitaine des gardes à six mille livres. Songez à vos huit enfants.