—Ah! je crois bien, je n'en dormais ni jour ni nuit, je craignais toujours pour Votre Eminence quelque catastrophe dans laquelle mon pauvre Cavois serait mêlé. Le jour, j'y pensais, et je tressaillais au moindre bruit; la nuit, j'en rêvais, et je m'éveillais en sursaut: vous n'avez pas idée des mauvais rêves que fait une femme quand elle couche seule.

—Mais M. Cavois? demanda en riant Mme de Combalet.

—Avec cela qu'il couche avec moi, n'est-ce pas? pauvre Cavois! Dieu merci, ce n'est pas la bonne volonté qui lui manque! Nous avons eu huit enfants en neuf ans, ce qui prouve qu'il ne s'engourdit pas trop; mais plus ça avançait, plus ça allait mal. M. le cardinal l'avait emmené au siége de La Rochelle, où il est resté huit mois; heureusement que j'étais grosse quand il est parti, de sorte qu'il n'y a pas eu de temps perdu; mais M. le cardinal allait l'emmener en Italie, chère madame, comprenez-vous cela? et Dieu sait pour combien de temps! Mais j'ai tant prié Dieu que je crois qu'il a fait un miracle en ma faveur, et que c'est grâce à mes prières que M. le cardinal a perdu sa place.

—Merci, madame Cavois, dit le cardinal en riant,

—Oui, merci, dit Mme de Combalet, et c'est une grande faveur, en effet, que Dieu nous accorde, chère madame Cavois, que de vous rendre, à vous votre mari et à moi mon oncle.

—Oh! dit Mme Cavois, un mari et un oncle, ce n'est pas la même chose.

—Mais, dit le cardinal, si Cavois ne me suit pas, il suivra le roi.

—Où ça? où ça? demanda Mme Cavois.

—En Italie donc.