—Il n'y a pas de contestation là-dessus, monsieur le cardinal, dit le roi en tenant son chapeau, et je me plais à dire que vous êtes le plus honnête homme de mon royaume.

Le cardinal salua.

—Or, continua-t-il, quels sont mes ennemis près de Votre Majesté; quels sont ceux qui m'accusent en face de la France et qui me calomnient aux yeux de l'Europe; ceux qui devraient être les premiers à me rendre justice comme vous, Sire! S. A. R. Mgr Gaston votre frère, la reine Anne régnante, S. M. la reine mère.

Le roi poussa un soupir; le cardinal venait de toucher la plaie, il continua:

—S. A. R. Monsieur m'a toujours détesté; comment ai-je répondu à sa haine? Dans l'affaire de Chalais il n'était question de rien moins que de m'assassiner; les aveux de toutes parts, et même de la part de monseigneur, ont été clairs et précis; comment me suis je vengé? Je lui ai fait épouser la plus riche héritière du royaume, Mlle de Montpensier; j'ai obtenu pour lui de Votre Majesté, l'apanage et le titre de duc d'Orléans, Mgr Gaston possède à cette heure un million et demi de revenu.

—C'est-à-dire qu'il est plus riche que moi, monsieur le cardinal.

—Le roi n'a pas besoin d'être riche, il peut ce qu'il veut. Quand le roi a besoin d'un million, il demande un million, et tout est dit.

—C'est vrai, dit le roi, puisqu'avant-hier vous m'en avez donné quatre, et hier un et demi.

—Faut-il que je rappelle à Votre Majesté combien m'en veut la reine Anne d'Autriche et tout ce qu'elle a fait contre moi, et quel est mon crime à ses yeux; le respect me ferme la bouche.

—Non, parlez, monsieur le cardinal; je puis, je dois, je veux tout entendre.