—Sire, le grand malheur des princes, la grande calamité des Etats, sont les mariages des rois avec des princesses étrangères; les reines, venant soit d'Autriche, soit d'Italie, soit d'Espagne, apportent sur le trône des sympathies de famille qui, à un moment donné, deviennent des crimes d'Etat; combien de reines ont volé et voleront encore, au profit de leur père ou de leur frère, l'épée de la France sous le chevet du roi, leur mari? Qu'arrive-t-il alors? C'est qu'il y a crime de trahison, et que ses crimes ne pouvant pas être poursuivis sur les vrais coupables, on frappe tout autour d'eux, et que des têtes tombent qui ne devraient pas tomber. Après avoir conspiré avec l'Angleterre, la reine Anne, qui m'en veut, parce qu'elle voit en moi le champion de la France, conspire aujourd'hui avec l'Espagne et avec l'Autriche.

—Je le sais! je le sais! dit le roi d'une voix étouffée; mais la reine Anne n'a aucun pouvoir sur moi.

—C'est vrai; mais en direz-vous autant de la reine Marie, Sire, de la reine Marie, la plus cruelle de mes trois ennemies, parce que c'est pour elle que j'ai le plus fait.

—Pardonnez-lui, monsieur le cardinal.

—Non, Sire, je ne le lui pardonne pas.

—Même si je vous en prie?

—Même si vous me l'ordonnez; oh! je l'ai dit à Votre Majesté, puisqu'elle est venue me chercher ici, il faut qu'ici la vérité tout entière lui soit dite.

Le roi poussa un soupir.

—Croyez-vous que je ne la connais pas, la vérité? dit-il d'une voix altérée.

—Pas tout entière et il faut qu'entière elle vous soit dite une fois; votre mère, Sire, c'est terrible à dire à son fils, mais votre mère...