La dame de Coëtman écouta cet arrangement avec son indifférence ordinaire, et fit signe de la tête qu'elle approuvait.

Guillaume, Isabelle et le comte de Moret se mirent à l'eau dans l'ordre convenu et s'avancèrent vers l'autre bord, qu'ils atteignirent sans accident.

Mais en se retournant, la première chose qu'ils aperçurent fut la dame de Coëtman qui, sans attendre qu'on l'allât chercher, avait poussé son mulet à la rivière. Galaor n'avait pas voulu demeurer en arrière, et la suivait.

Tous deux gagnèrent la rive sans accident.

Le comte de Moret, malgré ses longues bottes, avait senti la fraîcheur de l'eau lui monter jusqu'aux genoux. Il ne douta point qu'Isabelle ne fût mouillée comme lui, et il craignait pour elle l'impression de cette eau glacée.

Il demanda à Guillaume où l'on pourrait s'arrêter et trouver du feu; à une heure de là à peu près, Guillaume connaissait dans la montagne une chaumière, où d'habitude s'arrêtaient les contrebandiers; là on trouverait du feu et tout ce dont on pourrait avoir besoin.

Le terrain permettait de faire rapidement une demi-lieue à peu près, on mit les mulets au trot, et l'on arriva promptement aux premières arêtes de la montagne.

Force fut de marcher un à un, le sentier se rétrécissant de manière à ne pouvoir donner passage à deux personnes de front.

Guillaume, comme il avait fait jusque-là en pareil cas, prit la tête de la colonne, puis vinrent Isabelle et le comte de Moret, puis la dame de Coëtman et Galaor.

La pluie qui était tombée en détrempant la neige rendait le chemin plus facile; on put donc marcher au pas allongé et, à l'heure dite par Guillaume, arriver à la porte de la chaumière indiquée.