«Armand † RICHELIEU.»
Cette lettre écrite et cachetée, le cardinal appela:
—Etienne!
Aussitôt la porte de la chambre s'ouvrit, et l'on vit apparaître sur le seuil notre ancienne connaissance de l'hôtellerie de la Barbe Peinte, Etienne Latil, non pas comme nous l'avions vu entrer dans le cabinet du cardinal à Chaillot, c'est-à-dire les genoux tremblants, forcé de s'appuyer à la muraille pour ne pas tomber, pâle et articulant avec peine ses offres de dévouement, mais la tête haute, le jarret tendu, la moustache relevée, le chapeau à la main droite, la main gauche au pommeau de l'épée, un vrai capitaine de Callot, enfin.
C'est qu'en effet quatre mois s'étaient écoulés depuis que, frappé à la fois par le marquis Pisani et par Souscarrières, il était tombé, sans connaissance sur le carreau de l'hôtellerie de maître Soleil.
Or, quand il n'est pas tué du coup, il n'en faut pas tant à un gaillard organisé comme l'était Etienne Latil pour se remettre sur pied, plus solide et plus triomphant que jamais.
L'approche des hostilités avait même donné à son visage un air de gaieté qui n'échappa point au cardinal.
—Etienne, lui dit-il, il s'agit de monter à l'instant même à cheval, à moins que tu n'aimes mieux, pour ta commodité personnelle, faire la route à pied, mais arrange toi comme tu voudras, il faut que cette lettre, qui est de la plus haute importance, soit remise au roi avant dix heures du soir.
—Votre Eminence veut-elle me dire quelle heure il est?