—Alors, dit Richelieu, vous venez chargé des pleins pouvoirs du duc de Savoie, monsieur le comte.
—Je viens vous annoncer sa prochaine arrivée, monseigneur; tout malade qu'il est, M. le duc veut plaider près de Sa Majesté sa cause en personne; il se fait apporter en chaise.
—Et quand croyez-vous qu'il soit ici, monsieur le comte?
—L'état de faiblesse dans lequel se trouve Son Altesse, la lenteur de ce moyen de locomotion m'autorisent à vous dire que, dans mon appréciation, il ne peut être ici qu'après-demain au plus tôt.
—Et vers quelle heure?
—Je n'oserais pas promettre avant midi.
—Je suis au désespoir, monsieur le comte; mais j'ai dit au prince Victor-Amédée qu'au point du jour on attaquerait les retranchements de Suze; au point du jour on les attaquera.
—J'espère que Votre Eminence se départira de cette rigueur, dit le comte de Verrue, lorsqu'elle saura que le duc de Savoie ne refuse pas le passage.
—Eh bien alors, dit Richelieu, si nous sommes d'accord, il n'y a plus besoin d'entrevue.
—Il est vrai, dit le comte de Verrue, assez embarrassé, que Son Altesse y met une condition.