—Ah! ah! fit le cardinal en souriant, et laquelle?
—Ou plutôt conserve une espérance, ajouta le comte.
—Dites.
—Eh bien, Son Altesse le duc espère qu'en conséquence de cette déférence et du grand sacrifice qu'il fait, Sa Majesté très-chrétienne lui fera céder par le duc de Mantoue la même partie du Montferrat que le roi d'Espagne lui laissait dans le partage, ou s'il ne veut point les lui donner à lui, qu'il en fera cadeau à Mme sa sœur, et à cette condition les passages seront ouverts demain.
Le cardinal regarda un instant le comte, qui ne put soutenir ce regard et baissa les yeux; alors, et comme s'il n'eût attendu que cela:
—Monsieur le comte, dit le cardinal, toute l'Europe a si bonne opinion de la justice du roi, mon maître, que je ne sais comment M. le duc de Savoie a pu s'imaginer que Sa Majesté consentirait à une pareille proposition; pour moi, je suis assuré qu'elle ne l'acceptera jamais. Le roi d'Espagne a bien pu accorder une partie de ce qui ne lui appartient pas, afin d'engager M. le duc à favoriser une injuste usurpation; mais à Dieu ne plaise que le roi mon maître, qui traverse les monts pour venir au secours d'un prince opprimé, dispose ainsi du bien de son allié; si M. le duc ne veut pas se souvenir de ce que peut un roi de France, après demain on le lui remettra en mémoire.
—Mais puis-je espérer au moins que ces dernières propositions seront transmises par Votre Eminence à Sa Majesté?
—Inutile, monsieur le comte, dit une voix derrière le cardinal; le roi a tout entendu et s'étonne qu'un homme qui doit le connaître lui fasse une proposition où son honneur est taché et celui de la France compromis. Je renouvelle donc l'engagement pris, ou plutôt la menace faite par M. le cardinal. Si demain les passages ne sont point ouverts sans condition, après-demain, au point du jour, ils seront attaqués.
Puis, se redressant et portant le pied en avant avec cette dignité qu'il savait prendre parfois:
—J'y serai en personne, ajouta-t-il, et l'on pourra me reconnaître à ces plumes blanches, comme au même signe on reconnut mon auguste père à Ivry. J'espère que M. le duc voudra bien prendre un signe pareil afin que le fort de la bataille se porte où nous serons tous les deux; portez-lui mes propres paroles, monsieur, ce sont les seules que je puisse et doive répondre.